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La question du rodage

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Nous n’entamerons pas ici le débat entre les tenants ou pas de la question du rodage.

Chaque point de vue étant estimable et honorable, nous annoncerons donc d’amblée avis, relatif à un sujet qui fait parfois couler beaucoup d’encre sur les blogs ou encore certains sites.

Nous aborderons donc rapidement la question du rodage des électroniques et de manière plus approfondies celle des enceintes acoustiques, le principe n’étant pas le même.

Vous venez d’acquérir une nouvelle électronique ou une belle paire d’enceintes acoustique et lors de leur écoute, vous avez le sentiment que tout cela ne sonne pas vraiment comme vous l’avez entendu chez votre boutique préférée.

Votre sentiment est probablement fondé. Mais pas d’affolement. Ces matériels neufs ne vont pas tarder à donner le meilleur d’eux-mêmes si vous respectez quelques règles simples.

Pour les électroniques tout d’abord :

Un amplificateur ou une source de lecture audiophile à beau être un assemblage d’éléments électroniques dont le seul but est de véhiculer des électrons, une montée en charge progressive de ces appareils s’avère nécessaire. Avant que des détracteurs viennent nous apporter leur positionnement éclairé, posons-nous le principe de la transmission d’informations électriques.

Le message musical n’est il que la résultante d’un flux d’électrons dont la vitesse de propagation est de l’ordre de 230 000 à 270 000 kilomètres par seconde ?

La réponse est non. Les soudures (quand il y en a encore), les matériaux utilisés viennent plus ou moins modifier la vitesse de transmission électronique, aussi rapide soit-elle.

Ensuite, surtout pour une nouvelle électronique, le temps de mise en chauffe semble le plus souvent influer sur la qualité de l’information sonore.

C’est la raison pour laquelle, il n’est pas indécent de penser que quelques dizaines d’heures de fonctionnement peuvent être nécessaires pour « stabiliser » la qualité de restitution de votre appareil.

Cette question du rodage des électroniques étant posée, l’utilité de celle de vos enceintes acoustiques est moins sujette à discussions. En effet, la phase de rodage est essentielle et concerne essentiellement la nature électro mécanique du haut-parleur.

Le rodage pour ainsi dire va servir à assouplir les membranes et les spiders, le temps que la colle ou les solvants qui servent à assembler le haut-parleur se stabilisent.

Le haut-parleur est plus particulièrement fait d’éléments en mouvements : la suspension périphérique, les membranes  et également le « spider » qui est la partie arrière.

Les suspensions périphériques, constituées selon les constructeurs de divers matériaux (caoutchouc le plus souvent), et les membranes sont peu sujettes au rodage. Tout au plus, peut-on noter que leur utilisation va apporter une meilleure souplesse mécanique et ainsi une meilleure réactivité du pavillon du haut parleur.

Il en va tout autre pour le spider qui est une pièce maitresse du haut-parleur.

Un spider de haut-parleur.

Le spider et le bobinage : cœur du haut-parleur

Cette pièce assure le centrage de la bobine mobile et permet le retour en position initiale de la membrane de manière millimétrique. Elle est réalisée le plus souvent avec des matériaux dont le rodage permet d’apporter une souplesse mécanique et de donner au spider la rapidité dont il a besoin, sur toute la surface de travail de va et vient qu’il réalise.

Le travail doit pouvoir se faire sur la course de mobilité maximale du haut-parleur.  Une trop faible mobilité du spider ne permet pas de roder convenablement le haut-parleur puisque les déformations de la course du spider n’atteignent jamais leur amplitude maximale. Le rodage vise donc à faire fonctionner les enceintes à un volume soutenu tout en veillant particulièrement à fournir au haut-parleur des gammes de fréquences qui lui permettent de « s’ébattre » au maximum de ses capacités. Mais attention de ne pas trop en faire non plus, comme nous allons vous l’expliquer plus bas !

L’utilité du rodage est donc une nécessité mécanique pour le haut-parleur et affecte de manière durable la qualité du son délivré par le haut parleur.

La montée en charge de vos nouvelles enceintes acoustiques s’avère donc un moment essentiel pour parvenir à un phasage des fréquences sonores, une harmonisation des timbres et à une stabilisation des résonances, telles qu’elles ont été définies par le constructeur.

Cette phase de rodage peut être très différente pour chaque enceinte.

Il faut souvent une phase de rodage plus importante pour les petites enceintes acoustiques (en raison de haut-parleurs plus optimisés car plus petits…) que pour les grandes.

Lors de cette phase de rodage, que se passe-t-il ?

Si toute la bande passante de votre enceinte acoustique est affectée par ce processus, les graves y sont les plus sensibles.

Bien que les haut-parleurs soient toujours rodés avant leur incrustation dans l’ébénisterie, l’étape du rodage consiste à faire travailler les haut-parleurs de façon, non seulement à obtenir la souplesse définitive du spider afin qu’il atteigne les critères qui ont été retenus lors du développement du produit, mais également de veiller au phasage des haut-parleurs entre eux, et aussi des enceintes acoustiques entre-elles.

Il faut noter que ce rodage concerne davantage les hauts parleurs graves et médiums graves que les tweeters. Le phasage global au niveau de l’enceinte acoustique et surtout, surtout, en relation avec l’acoustique de la pièce, fait que la perception du registre médium aigu est également affectée par le rodage.

Combien de temps faut-il ?

De quelques dizaines d’heures à parfois 150 heures et plus.

Comme énoncé plus haut, c’est souvent les petites enceintes acoustiques qui nécessitent le temps de rodage le plus long.

Sur le plan auditif, les modifications sont perceptibles par plages de 50 heures environ.

Quels autres critères ?

La phase de rodage peut s’avérer différente suivant les caractéristiques propres à chaque enceinte acoustique.

La question de la puissance de l’enceinte (son rendement acoustique) entre en jeu.

Le nombre de voies de l’enceinte (2, 3 voire 4 voies) ainsi que le nombre de haut-parleurs installés peut diminuer ou accroître le temps de phasage.

Bien que cela ne soit pas réellement prouvé, il est possible que la puissance, la rapidité et surtout l’énergie (ce qu’on appelle la réserve de puissance) délivré par l’amplificateur puisse influer également sur cette période de rodage. Il se pourrait en effet, qu’un ampli rapide et plein d’énergie puisse faire travailler électro-mécaniquement plus efficacement le spider.

Quels conseils donner ?

Tout d’abord, il convient de faire attention à ne pas « balancer toute la gomme dès le départ ».

S’il convient de faire travailler le spider au mieux de ses capacités, il est plus sage lors des toutes premières d’écoute de ne pas pousser vos enceintes acoustiques au maximum de leur capacité pour éviter le talonnement (voir plus bas pour en avoir l’explication).

Nous avons vu plusieurs fois les dégâts d’une telle initiative : haut-parleurs HS et leur remplacement sans possibilité de faire jouer forcément la garantie.

En second lieu, il est judicieux d’effectuer ce rodage par périodes de fortes utilisations et de repos.

Il vaut mieux éviter lors des premières 50 heures, de faire travailler les spiders au delà de 6 à 8 heures d’affilées. Une bonne nuit de sommeil à vos transducteurs préférés, ne leur fera pas de mal avant de leur faire reprendre le lendemain, leur entrainement.

De la même manière, il n’est pas incongru d’alterner des périodes où les haut-parleurs vont travailler avec une forte intensité, avec d’autres moments où vous aller diffuser de la musique à un niveau plus bas. Cela ne peut nuire à vos précieuses oreilles par la même occasion !

Y a-t-il des musiques plus compatibles avec cette phase de rodage que d’autres ?

Non.

C’est justement et surtout, le mélange de genres sonores qui vont aider à un rodage rapide.

Bien au contraire et quels que puissent être vos goûts, passez toutes les musiques possibles : celles avec de belles basses bien puissantes, celles plus intimistes et plus riches en médiums comme un quatuor à corde, à la richesse harmonique d’un concert symphonique.

En un mot, faites-vous plaisir. Si vous souhaitez passer d’un concert de Pink-Floyd, à un disque de Massive Attack, pour finir avec la 5ème symphonie de Malher, donnez-vous à cœur joie !

Bien sur, vous pouvez aussi faire tourner en boucle les mêmes plages musicales. Mais dans l’absolu, de la même manière que nous aimons diversifier ce que nous mangeons, vos enceintes travailleront d’autant mieux qu’on leur servira des messages musicaux différents.

Maintenant, il peut être utile de prendre un ou plusieurs morceaux de référence que vous utiliserez régulièrement tout au long du rodage pour en apprécier la progression.

Faut-il utiliser des sources de rodage (CD, vinyles) ?

Tout peut s’envisager en effet.

On trouve sur le marché des disques qui possèdent des sons grave qui peuvent descendre très bas et donc prétendre à un certain niveau d’efficacité.

Il faut néanmoins manier ces supports avec prudence et cela nécessite un certain niveau d’expertise et une surveillance particulière, car si l’objectif est de faire travailler “énergiquement” le spider, il ne faut surtout pas aller dans l’excès et aller jusqu’au talonnement qui peut provoquer un dysfonctionnement irrémédiable du (des) haut-parleur(s).

Nous suggérons de procéder à un rodage avec des supports musicaux variés et selon une méthode décrite plus haut.

Alterner des morceaux de musique différents et des supports multiples, prend certes plus de temps, mais offre l’avantage lorsqu’ils sont bien choisis de faire travailler alternativement vos enceintes dans toute la bande des fréquences.

Faut-il veiller d’emblée à trouver le bon positionnement des enceintes ?

Dans l’absolue, nous dirons oui mais vous risquez justement à devoir opérer des modifications au fur et à mesure du rodage.

Donc, ne soyez pas trop exigeant avec vous même et prenez votre bâton de pèlerin pour expliquer à la personne qui vit à vos côtés que vous risquez d’avoir à modifier ce placement…

Question placement, nous conseillons de placer les enceintes à distance du mur arrière, surtout pour les modèles disposant de haut-parleurs diffusants vers cette direction. Cela vous évitera d’entendre une prééminence du spectre grave au détriment du reste de la bande sonore.

Ne prévoyez pas un écartement trop important même si votre local d’écoute le permet. Deux mètres permettent de mieux entendre les modifications qui vont intervenir, sans que vos oreilles aient à analyser si la largeur et la profondeur sonore sont appropriées.

Faut-il les placer de façon à respecter le triangle d’écoute entre les enceintes et l’écoutant ?

Cette notion est à ce point subjective que nous y reviendrons bientôt dans un de nos prochains édito.

Nous dirons que vous placerez vos enceintes comme vos oreilles se plaisent à les entendre. Il peut toutefois être intéressant d’ouvrir régulièrement ce triangle sonore afin de se rendre compte de la capacité de vos enceintes à diffuser l’ensemble du spectre sonore.

Il faudra très probablement optimiser le positionnement final des enceintes, en étant vigilant toujours vigilant par rapport aux murs arrière et à la distance avec les murs latéraux ; de cette distance, les graves auront une influence plus ou moins importante.

Quelques précautions importantes.

Il va de soit qu’il fortement recommandé d’éteindre et de couper l’alimentation de votre amplificateur pendant les manipulations et les branchements de vos enceintes.

Nous le répétons : le niveau sonore doit être calibré très progressivement en observant visuellement les mouvement de la membrane, il faut absolument éviter de faire travailler les haut-parleurs à la limite de leur capacité électro mécaniques. Dans cette optique toujours raisonner à partir du maillon le plus fragile qu’est le twitter qu’à partir de votre haut-parleur de grave qui a été conçu pour encaisser beaucoup plus de puissance.

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